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“Le philosophe doit-il se soucier des autres ?”

Université populaire de Nantes

Mercredi 3 Février 2010 - 18H30

Faculté de Médecine de Nantes, 1 rue Gaston Veil, Rez-de-chaussée haut, amphi 5.

"Le philosophe doit-il se soucier des autres ?" par Joël Gaubert

Si le philosophe recherche la vérité et le bien à propos de toute chose, comment pourrait-il, et même devrait-il, ne pas se soucier des autres, et surtout des autres hommes, c'est-à-dire à la fois prendre acte de fait et prendre soin en droit de ce qui semble bien être originaire et même fondateur de l'être-au-monde de l'homme : son être-là parmi, avec et même pour et par autrui ? Le philosophe ne trouverait-il pas là l'occasion de se réconcilier avec un sens commun qui est aujourd'hui en « demande de philosophie » ? Cependant, un tel souci, surtout quand il prétend au statut d'impératif catégorique (ou d'obligation absolue) sous prétexte d'« existence authentique » ou encore de « vie citoyenne », ne risque-t-il pas de détourner le philosophe de l'exercice méthodique de la raison, qui exige un effort solitaire bien éloigné de tout divertissement communicationnel et de toute fascination pour les autres, plus propices à la confusion des sentiments qu'à l'articulation d'idées claires et distinctes ?

L'humanité contemporaine, si soucieuse de son identité, de sa dignité et de sa destinée, et si prompte à réduire la philosophie à un doux commerce entre les hommes, n'aurait-elle plus rien à apprendre des philosophes antiques et classiques qui fondent la recherche de la sagesse et même de la justice sur « le souci de soi » bien plutôt que sur « le goût des autres » ?

Joël Gaubert est Professeur agrégé de philosophie en classe préparatoire littéraire (Khâgne) au lycée Georges Clemenceau de Nantes, Vice-président de la Société Nantaise de Philosophie. Traducteur (en collaboration) et commentateur des oeuvres d'Ernst Cassirer. Ses travaux portent sur la fonction symbolique, qui constitue le plus propre de l'homme, considéré à la fois collectivement et individuellement comme "animal symbolique" qui tâche de s'accomplir progressivement par la médiation des formes culturelles qu'il se donne dans son histoire : le mythe, la religion, la langue, l'art, la technique, la science, la politique, le droit, la morale et la philosophie elle-même.

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